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Fascias : la douleur n'est pas toujours là où ça fait mal

Marzia Botrugno
Écrit par Marzia Botrugno
21 juillet 2026 · Lecture 4 min
Mains d'une physiothérapeute palpant le bas du dos d'un patient debout

C'est la question que l'on me pose le plus souvent au cabinet : « pourquoi vous travaillez là, alors que c'est ici que j'ai mal ? » La réponse tient dans un tissu dont on parlait encore peu il y a vingt ans, et qui explique une bonne partie de ce que l'on observe en physiothérapie.

Un seul tissu, du crâne aux orteils

Le fascia est une membrane fibreuse qui enveloppe chaque muscle, chaque groupe musculaire, chaque articulation, et se prolonge autour des organes. Contrairement à ce que suggèrent les planches d'anatomie, il ne s'arrête nulle part : c'est une seule enveloppe continue, qui relie mécaniquement des régions très éloignées les unes des autres.

En bonne santé, ce tissu glisse. Les couches se déplacent les unes sur les autres, un peu comme deux feuilles séparées par un film d'eau. C'est ce glissement qui permet à l'épaule de tourner sans que la peau du dos suive, et au mollet de se contracter sans tirer sur le genou.

Ce qui se passe quand ça ne glisse plus

Une immobilisation, une opération, un geste répété des milliers de fois, une vieille entorse mal remise : le fascia s'épaissit localement. La substance qui assurait le glissement devient plus visqueuse, les couches accrochent. On parle de densification — et c'est réversible, contrairement à une véritable fibrose.

Le corps, lui, s'adapte immédiatement. Il recrute d'autres muscles, modifie la trajectoire du mouvement, décale la charge. Cela fonctionne des mois, parfois des années. Puis une zone qui n'avait rien demandé finit par se plaindre — souvent loin du point de départ.

Ce que fait la méthode Stecco

La méthode développée par la famille Stecco, à Padoue, a cartographié ces points de densification et la façon dont ils se relient le long de chaînes précises. C'est un travail italien, rigoureux, appuyé sur la dissection anatomique — et c'est aussi ce qui m'a donné envie de m'y former.

Concrètement, la séance commence par un entretien détaillé — les douleurs anciennes comptent autant que celles du jour — puis par des tests de mouvement qui orientent vers un segment. Je palpe ensuite les points de ce segment pour trouver ceux qui accrochent, et je travaille par frictions profondes, sur quelques minutes chacun, jusqu'à ce que le tissu cède.

Ce que l'on ressent, et pour qui

Le geste est appuyé et souvent sensible sur le moment : c'est normal, et cela reste toujours dans ce que vous acceptez. On reteste le mouvement juste après, ce qui donne un retour immédiat. Une courbature de deux jours sur les points traités est fréquente, et sans gravité.

L'approche donne de bons résultats sur les douleurs installées qui résistent au traitement local, et sur les suites d'opération ou d'immobilisation. Elle ne remplace ni un examen médical ni un bilan d'imagerie : devant une douleur nouvelle, brutale ou accompagnée de fièvre, d'une perte de force ou de sensibilité, c'est votre médecin qu'il faut voir d'abord.

Marzia Botrugno
Marzia Botrugno
Physiothérapeute et thérapeute en nutrition — PhysioGreen, Rue Vignier 2, Genève